Saturday, May 11, 2019

Contrerime LXVI

Sur l'océan couleur de fer
      Pleurait un choeur immense
Et ces longs cris dont la démence
      Semble percer l'enfer.

Et puis la mort, et le silence
      Montant comme un mur noir.
... Parfois au loin se laissait voir
      Un feu qui se balance.



Translation

On the ocean’s steely swell
      an immense chorus wailed
and the frenzied cries exhaled
      seem to transfix hell.

And then death, and the deathly pall
      building like a black wall.
... meantime a swaying light
      shone afar in the night.

Notes: (Published in Les Marges, december 1912) : this is about the Titanic, that went down in April 15, 1912. The “feu qui se balance" probably refers to the Californian, the nearest ship to the Titanic, that did not at first hear the alarm (it was the Carpathia that arrived sooner).

Contrerime LXIX

Quand l' âge, à me fondre en débris, 
      Vous-même aura glacée
Qui n'avez su de ma pensée
      Me sacrer les abris ;

Qui, du saut des boucs profanée,
      Pareille sécherez
À l' herbe dont tous les attraits,
      C' est une matinée ;

Quand vous direz : " où est celui
      De qui j' étais aimée ? "
Embrasserez-vous la fumée
      D' un nom qui passe et luit ?


Translation

When age, that crumbles me to pieces,
      You will have turned to ice
Who had not thought to recognize
      The sanctuary of my thesis;

Profaned by mincing goats, you too
      Will shrivel swiftly as
The splendour in the grass
      That won’t outstay the dew.

When you ask: "in what place seems
      He who loved me most?",
Will you then embrace the ghost
      Of a name that passes and gleams?

Notes: 
This was first published in Burdigala 1913 under the title “Quand vous serez bien vieille” - cf  Ronsard 5th ode to Hélène de Surgères:

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre et fantaume sans os :
Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

And of course one cannot omit W.B. Yeats:

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

Monday, April 22, 2019

Commentaires du Night Cap - Les jeux sont faits

This is the text, accompanied by an image, of the article published in Le Journal on 19.10.1911, under the byline Curnonsky in the series Commentaires du Night Cap. It throws some light on Toulet's familiarity with the Casino, and on his skill - or lack of it - at cards.



Les Commentaires du "Night Cap"

Les jeux sont faits.

Au « Night Cap », le bar qui fait le coin de la place de l’Entente-Cordiale et de la rue Alphonse-Allais… à deux pas de l'Opéra.
Quatre heures du matin. Une seule table reste occupée par cinq clients sérieux qui viennent là, chaque nuit, échanger quelques idées qu'ils se plaisent à croire «générales », et, parfois, quand le petit jour bleuit les vitres… quelques propos aigres et quelques injures sans résultat.
Un noctambule averti reconnaîtrait facilement :
TEDDY WHYNOT, Angevin jovial et ruiné (de son vrai nom, Maurice-André Monillon) que se amis ont affublé d'un pseudonyme anglo-saxon sans que ni lui ni eux aient jamais su pourquoi. Chroniqueur au Quotidien.
P.-J.-T. CORZÉBIEN, dit « Le Jeune Homme à l'Amer », dipsomane désabusé, fils d'alcoolique, alcoolique lui-même ; met son orgueil à toujours penser le contraire des autres, ce qui lui permet quelquefois de penser tout court.
ADRIEN BIDAREL, dit « Mèlé-Cass », fils des grands distilleries Bidarel-Chavard et Cie, héritier présomptif d'une de nos plus importantes « firmes » nationales. S'intéresse à tous les sports et à Mlle Margarine de Fécamp.
LACOUCHE DE PONTAYAC, ou « Inexorable Anecdotier » Propriétaire d'une immense concession en Inde-Chine. A beaucoup vu et beaucoup retenu, d'où lui vient sa manie irréductible de raconter des histoires auxquelles il finit par croire lui-même.
LE COMTE DE BRÉCHAIN, colonel de cavalerie en retraite. Le plus jeune des « cinq » malgré ses soixante-quatre ans...qui en paraissent à peine cinquante. Excellent homme, prend tout au sérieux… même les « petites femmes ». Représente la Tradition.
Ces messieurs causent en attendant le sommeil et Mlle Margarine de Fécamp qui BIDAREL a plaquée tout à l’heure chez Maxim's, après avoir « rompu » pour la vingt-sixième fois. Personne (même Adrien) ne doute que la blonde enfant n'arrivera tard ou tôt.

TEDDY WHYNOT - Alors, on boit jusqu'à l’aurore, ?
BIDAREL. —Non… jusqu'à la garde…la garde montante. Je vous répète que Margarine sera là dans dix minutes.
TEDDY WHYNOT. — Tu le répètes même tous les quarts d’heures. Moi, je m'en vais.
LACOUCHE DE PONTAYAC — Rappelez-vous, jeune homme, le principe de notre immortel Raoul Ponchon : « Il ne faut jamais se quitter sans prendre le dernier ».
CORZÉBIEN, — Je sais un autre axiome de Ponchon qui me permet en ce moment de considérer le fâcheux terme d'octobre sous l'aspect de l'éternité : « Il vaut mieux ne pas payer que d'avoir des histoires ! »
TEDDY WHYNOT. – Il ne faudrait payer que les dettes de jeu: ce sont les seules qu'on fasse avec quelque plaisir.
LACOUCHE DE PONTAYAC — Vous ne dites pas cela, je pense, pour ce brave Francfortois qui fut la proie de trois aigrefins ?
TEDDY WHYNOT. — Mais il a dû s'amuser follement ! S'il est une chose plus douce au monde que de gagner de l'argent, c'est de le perdre…M. Goescher a vécu quelques mois dans la compagnie de gens délicieux. Ces « grecs », d'ailleurs Italiens, qui cachaient des portées dans leurs souliers.
LACOUCHE DE PONTAYAC — Peuh ! des fourberies d'escarpins, comme dirait.
CORZÉBIEN. — Il l’a même déjà dit. Tout a été dit, Pontayac. Et vous venez tard.
TEDDY WHYNOT. — Il n'empêche que je me suis follement amusé à lire les comptes rendus du procès en correctionnelle où furent débinés les petits trucs de ces messieurs : les monocles à crochets, les porte-cigarettes à miroirs, et surtout cette symbolique poire en caoutchouc. Ah ! ce sont de vrais maîtres !
LE COMTE DE BRÉCHAIN, éclatant. — Des maîtres ! Mais vous n'avez jamais joué, mon pauvre enfant ! Des maîtres, ces vulgaires filous ! Des savates, monsieur, des savates ! De mon temps, oui, il y avait des tricheurs - et qui fondaient leur industrie sur la connaissance des hommes. Vous rappelez-vous Lardichon ?
LACOUCHE DE PONTAYAC — Lardichon ? Mais je l'ai connu intimement Figurez-vous qu'une fois, à Pau…
CORZÉBIEN. — Je sais. Vous m'avez déjà raconté.
LACOUCHE DE PONTAYAC. — Avec cet animal-là, pas moyen de placer une histoire.
Il se tait à tue-tête et s'absorbe dans la confection d’un gin-soda.
LE COMTE DE BRÉCHAIN, — Oui, sans doute, vous, Pontayac, vous devez vous rappeler Lardichon, puisque vous frisez les quarante-cinq ans. Mais ces messieurs sont trop jeunes. Ah ! je puis dire qu'il m'a bien amusé, ce philosophe-là. C'était un psychologue : il n'avait pas besoin de tout un attirail pour… travailler. Ainsi, son fameux « coup de l'orangeade » - Mais tout le monde le connaît!
CORZÉBIEN, par politesse, BIDAREL et TEDDY WHYNOT. — Mais non, pas du tout!
LE COMTE DE BRÉCHAIN, méfiant. Non ? Vous voulez me faire marcher ?...
Ça a couru tous les cercles! Enfin, puisque vous insistez ! Eh bien, il était simple et génial, ce « coup de l'orangeade ». Mon Lardichon, qui était brûlé partout, fréquentait alors d'innomables tripots, où la clientèle n'était même pas mêlée. Quand il s'était bien assuré que la majorité des joueurs avaient des figures sinistres, il prenait une banque et se mettait à tailler négligemment. La ponte une fois allumée par quelques petits coups habilement malheureux, il donnait soudain huit à droite et huit à gauche, et s'adjugeait une bûche pitoyable. Les deux tableaux abattaient. Sur quoi, mon Lardichon tournait le dos à la table et, s'adressant à un garçon, lui commandait une orangeade, une orangeade bien servie, avec très peu d'eau et deux pailles, dans un grand verre. Pendant qu'il avait le dos tourné, les pontes sans scrupule, et sûrs de leur coup, se livraient à une poussette acharnée et doublaient ou triplaient leur mise à qui mieux mieux. Alors, Lardichon, revenant à sa taille, s'excusait auprès des joueurs.
CORZÉBIEN, continuant. — Et abattait un neuf tardif, mais triomphal !
LE COMTE DE BRÉCHAIN, décontenancé.'— Comment ! vous le saviez! Je le disais bien que vous me faisiez marcher ! Et je vous attraperais si je n'apercevais pas notre charmante Margarine.
MARGARINE DE FÉCAMP, jolie comme les Normandes quand elles se mêlent d'être jolies. Cliché 4,616 bis. Un teint éclatant, une auréole de cheveux paille, un petit nez droit, aux ailes mobiles, d'immenses yeux verts ponctués d'or, des épaules divines. Magnifique toilette de chez Cazaloué. — Bon matin, mes enfants.
BIDAREL, sévère. — Je ne t'attendais plus, ma petite !
MARGARINE. — Non ? Tu ne faisais que ça, mon pauvre Mêlé-Cass ! (Elle s'assied et commande un milk-punch, parmi des protestations générales ; puis, sans faire aucune allusion à sa « rupture » avec Bidarel :) Imaginez-vous, mes agneaux, que je suis venue à pied pour promener mon chien.
TEDDY WHYNOT. — Comment ! tu as un chien, à présent ! Où le mets-tu ?
MARGARINE. — Le voilà ! Tiens, regarde s'il est joli, le fifi à sa mémère !
C'est un havane : il s'appelle Bock.
TEDDY WHYNOT. — Naturellement ! Et par où le fume-t-on ?
MARGARINE. — T'es bête! Et, figure-toi, ce satané cabot, il sent tout le monde, excepté moi. Tout à l'heure, j'ai été forcée de le rattraper, rue Royale, dans les jambes d'un vieux monsieur qui m'a demandé son chemin pour aller rue Saint-Florentin.
CORZÉBIEN. — A cette heure de nuit ? Un étranger, sans doute ?
MARGARINE. — Non : il avait l'accent anglais. Alors, je lui ai dit de suivre la rue Royale et de tourner à droite dans le faubourg Saint-Honoré. A ce moment-là, je me suis aperçue qu'il tenait sa canne de la main gauche. Alors, tu comprends, j'ai été forcée de recommencer toute mon explication.
BIDAREL. — Et pourquoi ça, petite ?
MARGARINE. — Dam ! puisqu'il est gaucher, s'pas ? c'est tout le contraire !
BIDAREL, attendri. — Embrasse-moi, Rinette, embrasse-moi. Je ne pourrai jamais me brouiller plus d'une heure avec toi !
Silence respectueux et approbatif.
LACOUCHE DE PONTAYAC, qui tient à placer son histoire. — Ah ! oui, colonel… je l'ai connu ce Lardichon ! Je l'ai même reconnu, une fois, à Pau, au Cercle britannique, où il s'était faufilé grâce à un déguisement qui le rendait pourtant méconnaissable : il s'était maquillé en vieux professeur norvégien, et il avait ahuri deux bons petits jeunes gens qui lui avaient servi de parrains. J'eus la discrétion de ne pas le trahir. Ce n'est pas mon métier ; et, d'ailleurs, je ne pouvais me défendre d'une certaine sympathie pour ce roi des grecs. Je me contentai de prononcer son nom à voix basse en passant derrière lui, tandis qu'il taillait avec un insolent bonheur. Cinq minutes après, il me rejoignit dans le petit jardin du cercle, me remercia de ne point l'avoir donné et me raconta les plus belles histoires de son répertoire.
CORZÉBIEN, inquiet. — Vous n'allez pas nous les redire toutes.
LACOUCHE DE PONTAYAC. — Si ! mais pas ce matin. Enfin, Lardichon se dévoila entièrement. si bien que le jour naissant nous trouva attablés dans un petit café de la rue de la Préfecture, lui, moi et deux amis que j'avais amenés pour jouir de sa conversation. Le goût de l'aventure et peut-être quelque diable aussi me poussant, je finis par proposer un petit poker intime. Lardichon se récusa, alléguant que, lorsqu'il verrait des cartes, il ne pourrait pas s'empêcher de travailler. Je lui fis remarquer que nous étions en bras de chemise et que, n'ayant rien dans les mains, rien dans les poches, il aurait fort à faire pour aider la chance… Il se contenta de sourire doucement et finit par se laisser convaincre, à condition que nous jouerions des haricots. La partie commença. Dès le premier « tour de pot », la veine s'attacha à Lardichon, et ne le quitta plus. Enfin, je me trouvai tout à coup à la tête d'un poker de rois, qui autorisait les plus belles espérances… et je me jetai dans une série de relances où Lardichon me suivit sans désemparer. Je me croyais bien maître de la situation, quand mon adversaire, haussant les épaules, abattit sou jeu et dit : « Le coup est nul ! Je ne veux pas travailler avec des amis. Mais voyons, monsieur de Pontayac, vous auriez dû pourtant deviner que j'avais quatre as. » Et il les avait, l'animal !
CORZÉBIEN, excédé. — Lardichon, que j'ai connu aussi, ne m'a jamais dit à moi qu'une seule phrase. Elle demande moins de préparations...mais je la trouve d'une portée, si j'ose ainsi parler, plus générale. Comme je venais de perdre 35,000 francs au casino de X...-sur-Mer, Lardichon, qui pontait à ma droite, me frappa sur l'épaule et me dit simplement : « Ah ! monsieur Corzébien, tant que vous vous obstinerez à prendre le baccara pour un jeu de hasard, vous êtes un homme perdu »

CURNONSKY.

Monday, April 15, 2019

Commentaires du Night Cap - Réminiscences Jaunes

This is the text, accompanied by an image, of the article published in Le Journal on 25.11.1911, under the byline Curnonsky in the series Commentaires du Night Cap





Les Commentaires du Night Cap

Réminiscences jaunes.

Il commence à se faire tôt… cinq heures du matin, peut-être. Laconche de Pontayac s'est enfin tu. — Le barman du « Night Cap » a pris le parti de se faire acheter les journaux qui viennent de paraître. Maurice-André Monillon (dit « Teddy Whynot ») croit devoir insinuer mollement pour la septième fois « qu'il serait peut-être temps d'aller se lever».
Mais Corzébien, qui sent, avec son « douzième whisky-soda, les idées et les souvenirs lui remonter en foule, a pris fortement la parole et s'écoute avec déférence. Laconche de Pontayac voudrait bien l’interrompre : mais il trouve pas le joint.
Le colonel comte de Brechain se contente d'émettre, à intervalles irréguliers, des monosyllabes approbatifs.
CORZÉBIEN. - Il faut avouer que nous avons quelque mérite à reconnaître tous les quatre que nous ne comprenons pas grand’chose à cette révolution chinoise, et cela tient sans doute à ce que nous avons vécu là-bas. Depuis que la Chine est devenue, comme on dit, d'actualité on lit chaque jour des articles étonnants.
TEDDY WHYNOT. — Et qui sont de nature à nous désorienter.
CORZÉBIEN. - J'ai passé, voilà déjà bientôt huit ans, hélas ! tout un mois délicieux à Canton, avec vous, d'ailleurs, Whynot! Nous n'avions pu trouver place dans aucun des deux hôtels du quartier européen, et le docteur Masse nous avait gracieusement accueillis dans l’hôpital français, qu'il venait de fonder, de sorte ue nous disposions chacun d'une vaste salle, propre et claire, et d'une installation hydrothérapique dont je conserverai le regret toute ma vie.
Canton était alors, paraît-il, en révolution. Nous ne nous en sommes jamais aperçus. J'avais découvert, pour ma part, au cercle de Chamine, une collection complet du Magasin Pittoresque...
LACONCHE DE PONTAYAC. —— Et c'est tout ce que vous avez vu de la Chine ?
CORZÉBIEN — Non. Mais j'ai toujours pensé que les récits de voyages et les descriptions de pays lointains gagnent beaucoup à être lus sur place. Cela ne m'empêcha point, d'ailleurs, de lier connaissance avec un Chinois aimable et poli, qui parlait fort bien notre langue.
LACONCHE DE PONTAYAC. - Quoi d'étonnant ? Beaucoup de riches Cantonais font le commerce de la soie et vivent en relations constantes avec nos grands fabriciens de Lyon...
CORZÉBIEN - - - Je m'en doutais. Et je n’ai jamais en la folle prétention de vous étonner. Si je parle de mon ami Kuan Tseu Wan, c'est que je lui dois d'avoir compris a quel point les Chinois différent de nous et nous restent pourtant si sympathiques, je dirais presque si fraternels... Je me souviens qu'un soir il m'avait invité à dîner sur un bateau fleur avec deux de ses compatriotes et quelques Français de passage.
LACONCHE DE PONTAYAC. -— Prenez garde, Corzébien ! Vous allez raconter une histoire !
CORZÉBIEN - Non. Kuan Tseu Wan, par un raffinement d'hospitalité, avait retenu tout le restaurant pour que nous fussions bien chez lui…ou plutôt chez nous, et avait commandé en même temps que le repas chinois, un diner à la française... au cas où l’estomac des convives se fût insurgé contre le potage de lait d'amandes, les foies de canard au sucre, les poulets laqués ou les ailerons de requin à Ia frangipane. Mais il se trouva que chacun fit honneur au menu national : les trois Français surent picorer avec des baguettes dans les cinquante ou soixante plats disposés sur la table, et tout se passa pour le mieux dans le meilleur des anciens mondes. Au dessert, Kuan Tseu Wan saisit à deux mains son verre et but à la France et à la, Chine, « comme aux deux plus nobles nations de l'univers ». Nous nous inclinâmes, sans trop de conviction, ne voyant là qu'une de ces politesses dont les Chinois ne sont point avares.
» Mais le rusé Cantonais sut deviner restriction. Il sourit malicieusement et-reprit:
» — Vous croyez que je ne dis là qu'une banalité aimable. Mais non ! Très sincèrement, je crois que nous sommes les deux premiers peuples du monde…parce que nous sommes les seuls qui aient inventé une politesse et une cuisine. Et ces deux choses-là, résument toute la douceur de vivre.
» Il me parut que, pour penser avec un cerveau différent du nôtre, mon ami Kuan Tseu Wan ne pensait déjà pas si mal. Il lut mon approbation dans mes yeux et continua :
« - Car la vie est courte et dure à vivre, et rien ne compte ici-bas que ce qui peut nous la rendre plus supportable. Vous êtes très fiers, vous autres, Européens, de votre science et de vos inventions, — comme si nous n'avions pas inventé la poudre! Mais, dites-moi, toutes vos découvertes vous ont-elles rendus plus heureux ? Croyez-vous sentir mieux que vos ancêtres la beauté d'un paysage, la grâce d'une attitude, la mélancolie d'un crépuscule ou le doux sourire du matin sur la mer? Et croyez-vous que, parce qu'il passera des tramways sous ma fenêtre, cela me consolera d'avoir perdu un être aimé ? Et, si j'ai commis une mauvaise action, les sirènes de tous les paquebots couvriront-elles la voix terrible de mon remords ?... Comme l'a dit un de vos anciens sages: « Tout » n'est que signe, et signe dé signe. »
Et nous ne vous avons point attendus pour savoir que tout le bonheur de vivre peut tenir dans le regard d'une femme, tout le malheur dans un pli dédaigneux de ses lèvres... »
TEDDY WHYNOT. - Ce Kuan Tseu Wan était vraiment un brave homme, et grâce à lui, nous allons enfin pouvoir, avant d'aller nous coucher, parler un peu de petites femmes!
LE COMTE DE BRÉCHAIN. . – Je crains que le sujet ne soit un peu épuise et que cela ne fasse dévier l'entretien.
TEDDY WHYNOT. — Aussi bien, colonel, je ne veux parler que de petites femmes jaunes! J'en ai connu plusieurs, et qui m'ont donné cette délicieuse impression de je ne sais quelle fraternité obscure.
CORZÉBIEN — Vous pouvez même dire, Whynot, que, moyennant le versement d'une dot fabuleuse de cinq cents piastres, vous fûtes pendant cinq lunes l'heureux seigneur et locataire, de Mme Ti Nam, qui passait, non sans raison pour la plus jolie congaï (1) d'Haïphong.
TEDDY WHYNOT. — J'ai beaucoup aimé cette gamine jaune, je ne m'en défends point.
CORZÉBIEN. — Et la modestie seule vous empêche d'ajouter qu'elle vous le rendait bien. Il me souvient même qu'un soir, où j'étais venu vous rendre visite dans votre « canha », Mme Ti Nam, qui prenait part à notre entretien, vous jeta ses bras nus autour du cou et me dit avec un accent de sincère conviction — et dans son « sabir » un peu spécial : « Li Phalangtsé, li pas vini pou lien!... »
Ce qui pour tous les coloniaux, signifie clairement : « Les Français ne sont pas venus pour rien! »
TEDDY WHYNOT. — Je n'eusse point osé rappeler cet aveu dénué d'artifice. Mais il est vrai que nous nous entendions fort bien, Ti Nam et moi, et que la séparation nous fut également cruelle.
Invitus invitam… Mais vous savez que ces fleurs exotiques ne se transplantent pas. Il me fallut donc quitter ma petite amie. Je sus qu'un an après mon départ elle s'était remariée, grâce à la dot que je lui avais laissée, avec un brave Annamite qui ne la rendait pas trop malheureuse et ne la corrigeait qu'à bon escient…
» Et puis, je ne sais pourquoi, un soir de nostalgie où j'avais touché le fond de cet incurable ennui qui s'exhale des endroits de plaisir, j'écrivis à Ti Nam, chez ses parents, dont j'avais gardé l'adresse, une lettre ardente et triste, où je lui disais qu'aucune femme d'Europe ne la valait… que nulle n'avait pu me consoler d'elle… enfin, des histoires, quoi! Je restai toute une année sans recevoir de réponse, et je pensais un peu moins à Ti Nam, lorsque la poste me remit une grande enveloppe jaune où je reconnus l'écriture enfantine et démesure et de ma jeune veuve. L'enveloppe contenait une lettre et un autre pli cacheté sur lequel était écrit cet avertissement: Lire la lettre, d’abord... Je me conformai à cette prescription. Je ne puis malheureusement vous donner une exacte idée du style bizarre de cette lettre, écrite dans un intraduisible « désespéranto », mélange de français, d'annamite, de pidjinn et d'argot montmartrois. Mais le sens m'en est resté très présent à l'esprit. Ma petite amie me disait en substance — et en quatre pages d'une calligraphie irrégulière. mais appliquée:
«Il ne faut pas te faire de chagrin. Je ne veux pas que tu me regrettes. L'ami docteur Le Lan a dû te dire, quand il est allé en France, que je suis remariée avec Nguyen Van Teu, qui vend du riz dans la rue du Cuivre, à Hanoi. Si tu reviens, tu nous feras le plaisir de descendre chez nous, car nous faisons de très bonnes affaires. Mais il ne faut pas penser à moi comme à ta petite femme. Celle-là est morte. Car je suis vieille, à présent. Je viens d'avoir dix-huit ans, et j'ai eu deux enfants. Et tu sais que nous autres, femmes d'ici, cela nous change beaucoup. Alors, je suis devenue très laide, une vraie baya (2). Et, pour te montrer comme je dis vrai, je t'envoie ma photographie. »
CORZÉBIEN. —Vous l'avez gardée, cette photo?
TEDDY WHYNOT. -- Non! Elle était trop décolletée, et Ti Nam avait trop raison. Le visage seul, était resté joli… Mais le reste! On eût dit qu'une tempête avait passé sur tout cela. Et, si je vous ai raconté cette petite histoire c¡ ce n'est pas pour me vanter, mais pour vous amener doucement à vous demander quelle femme d'Europe eût trouve le courage d'écrire une lettre pareille.
LE COMTE DE BRÉCHAIN. — Oui sait ? Votre petite amie n'a peut-être montré là qu'une espèce de coquetterie posthume. Et je gagerais qu'après avoir lu sa lettre vous ne l'en avez que davantage regrettée.
TEDDY WHYNOT. -- un peu mélancolique, à cause de l'heure, peut-être. — Je la regrette encore. mais moins que ma jeunesse…

(1) [Au temps de la colonisation] Femme annamite; en partic. compagne indigène d'un européen 
(2) Vieille femme.

Commentaires du Night Cap - A L'Encre de Chine

In his biography of Toulet, La Vie de P.-J. Toulet, Henri Martineau devotes eight pages, (78-85) to Toulet's 1903 voyage to Indo-China. Toulet was of course accompanied by Curnonsky. Martineau makes reference to some slight pieces published by Curnonsky in Le Journal during the course of 1911. While adding little to our knowledge of Toulet, these slight pieces are of some historical interest, as they have a bearing on the attitude of the French towards China and Vietnam during the colonial era. 
This is the text, accompanied by an image, of the article published on 11.11.1911. Teddy Whynot is the name adopted by Curnonsky in these anecdotes. He bestows the name Corzébien (a play on corps et biens) on Toulet.






Les Commentaires de "Night Cap"

A L'ENCRE DE CHINE.

A peine deux heures du matin le bar est encore plein de clients qui parlent « étranger » P. J. T. Corzébien (« le jeune homme à la mer »), Laconche de Pontayac et le colonel comte de Bréchain ont reculé devant l’invasion et se sont réfugiés autour d'une table ètroite, tout au fond du petit salon contigu au bar. L’humeur agressive et violemment particulariste de Corzèbien, « qui n'aime pas les autres », suffit à créer autour d'eux trois une zone réputée dangereuse qu'aucun intrus ne s'aviserait de franchir.
Ils attendent André Monillon, dit Teddy Whynot, que des besognes nocturnes retiennent à son journal. Et l'hostilité de l’endroit les incite à parler politique.
Le COMTE DE BRÉCHAIN. — On se croirait dans la tour de Babel!
CORZEBIEN — Vous voulez dire de Bebel. Car, autant que j'en puis juger, la plupart, de ces gens, discutent dans la langue de M. Mâximilien Harden la conclusion du désaccord marocain.
LACONCHE DE PONTAYAC. — Ils ne semblent pas d'ailleurs s'entendre entre eux beaucoup mieux qu'avec nous.
CORZEBIEN, grincheux. — Je me demande ce qu'ils voudraient de plus. L'Anjou, peut-être, ou la Bretagne ? Ah! comme disait naguère ce pauvre Jean de Tinan : « Tant que nous n'aurons pas repris l'Allemagne aux Alsaciens-Lorrains… »
LACONCHE DE PONTAYAC, prophétique et grandiloquent.— Le péril jaune forcera toutes les nations de l'Europe à s'unir.
CORZEBIEN . — Il me semble l'avoir déjà entendu dire. Et je me résigne à cette éventualité lointaine. Après tout, invasion pour invasion, je préférerais encore les Chinois.
LE COMTE DE BRÉCHAIN. — N'est-ce pas? A travers la différence des civilisations.
CORZÉBIEN, inquiet. - Ah! mon Dieu! colonel, voilà que vous aussi vous vous mettez à parler comme un livre!
LACONCHE DE PONTAYAC — En vérité, Corzèbien, vous finirez par nous réduire à la pantomime!
CORZÈBIEN. — Dieu vous entende, Pontayac! Je voulais seulement rappeler l'admirable conseil de La Bruyère aux écrivains, le meilleur qu'on leur ait jamais donné : « Vous voulez dire : « Il  pleut. » Dites : « Il pleut. » A part cela, je me félicite de me trouver pour une fois d'accord avec le colonel. Tous ceux qui sont allés en Chine comme nous trois.
TEDDY WHYNOT, se montrant tout à coup. — Vous en oubliez un !
CORZÈBIEN. — Certes, non ! puisque nous avons fait le voyage ensemble.
Vous me rappelez même fort à propos que je vous ai prêté, en 1903, alors que nous étions délégués de la presse à L’Exposition d'Hanoï, un roman de Mme Scarlett et une jeune congaï.
TEDDY WHYNOT. - Le roman n’a pas vieilli. Je l'ai prêté avant-hiér à Margarine, qui est partie pour Nice avec Bidarel. (Il s'assied et commande des sandwiches. Corzèbien, « qui n'a jamais faim entre les repas, » lui jette un regard méprisant, mais envieux-.) -Oui, c'est comme ca! J'ai très faim. Et, puisque vous parliez des Chinois, imaginez-vous qu'on a apporté ce soir au journal une série de photos qui illustreraient à merveille le Jardin des supplices. Il y a là quelques bourreaux célestes qui s'occupent d'une malheureuse femme. Ça m'a creusé!. Oh! moins que la victime.CORZÈBIEN. — Elle était jolie ?
TEDDY WHYNOT. — En commençant. Très changée, à la fin.
LE COMTE DE BRÉCHAIN. — Je me demande d'où nous vient à tous quatre notre sympathie pour ce peuple cruel.
CORZÈBIEN. - Cruel ? Croyez-vous. Ils attachent moins de prix à la vie que nous autres. Et peut-être que, pour eux, le sadisme n'est même plus une distraction.
LACONCHE DE PONTAYAC. — Cela me rappelle qu'il y a cinq ans, à Canton.
CORZÈBIEN — Voilà ce-que je craignais ! Pontayac va raconter une histoire !
LACONCHE DE PONTAYAC. - Mais enfin, sapristi! on n'entend que vous, Corzébien! Vous ne souffrez pas qu'on prenne la parole, même pour vous approuver.
CORZÈBIEN — C'est que le suffrage universel m'est odieux. Mais j'apprécie le vôtre à sa valeur. Causez, Pontayac; Ces messieurs vous écoutent;.
LACONCHE DE PONTAYAC, impavide. Je disais donc que voilà cinq ans, à Canton, par un gris et doux matin d'avril.
CORZÈBIEN. — Ça commence comme un roman-feuilleton !
LACONCHE DE PONTAYAC. - nous nous promenions, quelques Français et moi, à travers la ville, dans ces étranges chaises à porteurs. 
CORZÈBIEN. — Vous n'allez pas, je pense, nous les décrire.
LACONCHE DE PONTAYAC — lorsque notre petite caravane fut arrêtée aux abords d'une place par une foule grouillante.
CORZÈBIEN. — Un rassemblement, sans doute ?
LACONCHE DE PONTAYAC. — Notre guide alla s'informer et revint nous dire qu'on allait décapiter une douzaine de malandrins, quelque chose comme des apaches locaux. Je me serais, bien passé de ce spectacle, que j'avais vu plusieurs fois. Mais une jeune et charmante Parisienne, qui nous accompagnait avec son mari, insista pour pénétrer jusqu'au lieu de l'exécution. L'un de nous, qui était consul de France et parlait le chinois comme Kou Fu Tsen, voulut bien se dévouer et alla parlementer avec le mandarin chargé de présider à la cérémonie.
Il revint, au bout de quelques minutes, suivi d'un petit vieux, gras et court, a la mine joviale, qui se confondit en layes et révérences. Notre compagnon traduisait à mesure : « Le mandarin Huong Li Wan s'excuse auprès de vous, madame, de n'avoir ce matin que quatorze condamnés à vous offrir. Il regrette infiniment dé n'avoir point été averti de votre venue. Sans quoi il eut retardé jusqu'à aujourd'hui l'exécution des vingt-six condamnés qui ont été décapités ici, voilà huit jours. Et vous auriez eu le spectacle d'une cérémonie plus solennelle et de quelques supplices plus rares. Il vous supplie de l’excuser et de né point juger le Cèleste Empire d'après ce que vous allez voir. »
La jolie Parisienne souriait avec grâce. Je vis bien qu'elle soupçonnait notre consul de traduire à sa fantaisie les paroles du mandarin. Moi, je savais assez de chinois peur me rendre compte qu'elle se trompait.
Cependant, nous étions descendus de nos chaises, et Huong Li Wan nous fit ouvrir un passage, à travers la foule, jusqu'au lieu du supplice. C'était une place droite et triangulaire, d'où l'on dominait au loin le panorama de la Rivière de Canton. Un large et lourd billot se dressait au centre, et les condamnés, reconnaissables à leurs torses nus et à leurs cous écorchés par la cangue*, causaient avec leurs parents et leurs amis en attendant le bon plaisir du magistrat.
*Instrument de torture portatif, en Chine, ayant la forme d'une planche ou d'une table percée de trois trous dans lesquels on introduisait la tête et les mains du supplicié.

Le bourreau vérifiait le fil de son sabre, court et convexe, et ses deux aides échangeaient d'amicales bourrades. Huong Li Wan nous fit placer à ses côtés, non sans s'excuser de n'avoir point de sièges à nous offrir, puis frappa dans ses mains, tel un professeur qui requiert l'attention de ses élèves. Le bourreau, un de ces colosses comme il y en a parmi les Chinois du Sud, alla toucher l'épaule nue d'un condamné, qui s'entretenait avec sa femme et ses quatre enfants. Mais la femme, dont il nous fut facile de traduire les gestes, vint expliquer à Huong Li Wan qu'ils avaient encore quelque chose à se dire et désigna de la main un autre condamné, qui se trouvait seul à quelques pas de là  -  un célibataire, sans doute! Le mandarin acquiesça d'un signe, et le bourreau alla frapper sur l'épaule de l'autre, qui, sans se faire prier, vint s'agenouiller auprès du billot. L'un des aides lui saisit sa natte et la ramena en avant. Le bourreau se pencha vers la victime pour lui demander « si ça pouvait aller comme ça ». L’autre répondit par un petit grognement approbatif. Puis, sans faire tournoyer son sabre autour de sa tête ni se livrer à de vaines fantasias, l'exécuteur regarda fixement pendant quelques secondes la nuque découverte, et, dès que son oeil exercé eut distingué nettement l’attache du cou, il abaissa sa lame d'un geste bref et sûr. La tête alla se balancer au bout de la natte, que l'aide avait gardée dans sa main. Le sang jaillit par saccades, et le corps décapité se renversa en arrière. Le second aide le poussa du pied pour faire place au condamné suivant.
Je regardai la jolie Parisienne. Elle avait un peu pâli.
— N'est-ce pas, me dit-elle, on se croirait au théâtre! Ça n'a pas l'air vrai!
En effet, rien ne saurait rendre l'impression de bonhomie, je dirais presque d’intimité cordiale, qui se dégageait de toute cette horreur.

TEDDY WHYNOT. - La « mort heureuse », quoi!
LACONCHE DE PONTAYAC. — Ma foi, oui…un peu. De deux en deux minutes, les autres exécutions se suivirent sans plus d'apparat. Nous finissions par ne plus prendre tout cela très au sérieux. Les veuves elles-mêmes nous donnaient l'exemple du calme; il est vrai que, dans la plupart des cas, la commune leur assure, paraît-il, une petite pension. Et alors… vous comprenez !... Pourtant, quand ce fut fini, je m'avisai tout à coup que mes pieds s'enfonçaient dans un sol humide et gluant. Je baissai les yeux et je vis que les bottines blanches de ma jolie voisine étaient devenues toutes rouges jusqu'à la cheville.
CORZÈBIEN. — Et vous ne manquâtes point, sans doute, de le lui faire remarquer?
LACONCHE DE PONTAYAC un peu confus.— En effet. Elle en prit même une crise de nerfs un peu tardive.
CORZÈBIEN. — Je l'aurais parié! Vous n'en ratez jamais une!.


Wednesday, December 26, 2018

Contrerime XLIV


VOUS QUI RETOURNEZ DU CATHAI

Vous qui retournez du Cathai
     Par les Messageries,
Quand vous berçaient à leurs féeries
     L' opium ou le thé.

Dans un palais d' aventurine
     Où se mourait le jour,
Avez-vous vu Boudroulboudour,
     Princesse de la Chine,

Plus blanche en son pantalon noir
     Que nacre sous l' écaille ?
Au clair de lune, Jean Chicaille,
     Vous est-il venu voir,

En pleurant comme l' asphodèle
     Aux îles d' Ouac-Wac,
Et jurer de coudre en un sac
     Son épouse infidèle,

Mais telle qu' à travers le vent
     Des mers sur le rivage
S' envole et brille un paon sauvage
     Dans le soleil levant ?




You who return from Cathay
     By mailboat, when rocked on the sea
By the magic alchemy
     Of opium or tea.

In a palace of aventurine
     In the waning hour
The princess, Boudroulboudour,
     By you was she seen

Whiter in her black pants 
     Than nacre in the shell?
By moonlight, Jean Chicaille,
     Is it you he wants,

Weeping like the asphodel
     In the Islands of Ouac-Wac,
And swearing to sew in a sack
     His wife, unfaithful,

And untamed as a peahen
     That flies away, ablaze
In the onshore winds and the rays
     Of the rising sun?


NOTES

Badroulbadour (Arabic بدر البدور, badru l-budūr, "full moon of full moons") is an Asian princess from China whom Aladdin married in the story of Aladdin and the Magic Lamp. (The full moon as a metaphor for female beauty is common throughout the Arabian Nights).
She is also mentioned in a poem by Wallace Stevens called The Worms at Heaven's Gate in his book Harmonium.

The Worms at Heaven's Gate
Out of the tomb, we bring Badroulbadour,
Within our bellies, we her chariot.
Here is an eye. And here are, one by one,
The lashes of that eye and its white lid.
Here is the cheek on which that lid declined,
And, finger after finger, here, the hand,
The genius of that cheek. Here are the lips,
The bundle of the body and the feet.
. . . . . . . . . . .
Out of the tomb we bring Badroulbadour.

The name Badroulbadour also appears in the novel Come Dance with Me by author Russell Hoban.

Toulet has fashioned Jean Chicaille from the Chinese Yuan-Tché-Kaï , or Yuan Shikai.

The provisional government of the Republic of China was formed in Nanjing on March 12, 1912 with Sun Yat-sen as President, but Sun was forced to turn power over to Yuan Shikai, who commanded the New Army and was Prime Minister under the Qing government, as part of the agreement to let the last Qing monarch abdicate (a decision Sun would later regret). Over the next few years, Yuan proceeded to abolish the national and provincial assemblies, and declared himself emperor in late 1915. Yuan's imperial ambitions were fiercely opposed by his subordinates; faced with the prospect of rebellion, he abdicated in March 1916, and died in June of that year.

Ouac-Waco : Imaginary islands in 1001 nights inhabited only by women. 

Aventurine: reddish variety of quartz, found by chance, hence its name, containing tiny flakes of mica that reflect the light.

Contrerime XLIII


Ainsi, ce chemin de nuage,
     Vous ne le prendrez point,
D'où j'ai vu me sourire au loin
     Votre brillant mirage ?

Le soir d'or sur les étangs bleus
     D'une étrange savane,
Où pleut la fleur de frangipane,
     N'éblouira vos yeux ;

Ni les feux de la luciole
     Dans cette épaisse nuit
Que tout à coup perce l'ennui
     D'un tigre qui miaule.


So you state your resistance
     To taking the cloudy way,
Where I saw your shining fay
     Smile at me from a distance.

The gold of eve on the pools of blue
     Of a strange savannah
That rains frangipane
     Will not dazzle you;

Nor the light of fireflies
     In the night’s depth
That abruptly is ripped
     By a bored tiger’s cries.


NOTES:
The section of Behanzigue entitled "le cri dans la nuit" gives details of the impressions that inspired this poem: "From Hue to go to Tourane, instead of railroad, if we prefer to stick to the the ancient road of the Col des Nuages, we rent one of these black-bellied sampans ". Further on Toulet speaks of "a thousand fireflies leading in the air their luminous dance" and shows the appearance of a tiger. The Col des Nuages also merits a mention in his Journal.